RSS Feed

avril, 2012

  1. Peut-on vraiment vendre de la production culturelle ?

    avril 22, 2012 by admin

    Bonjour,

    Après avoir lu un très bon article intitulé vers l’économie du don de Laurent Saussereau sur Terra Eco, j’ai eu envie de partager une nouvelle fois le billet de William de la mutinerie,  » Peut-on vraiment vendre de la production culturelle ?  » Une question fondamentale,dont la formulation est aussi simple que la réponse est complexe et suscite le débat…

    Il n’y a rien de plus utile que l’eau, mais elle ne peut presque rien acheter ; à peine y a-t-il moyen de rien avoir en échange. Un diamant, au contraire, n’a presque aucune valeur quant à l’usage, mais on trouvera fréquemment à l’échanger contre une très grande quantité d’autres marchandises.

    Adam Smith

    Le diamant liquéfié

     

    Au moyen âge, le livre se vend comme un diamant, c’est un objet rare, difficile à produire et à distribuer. Il s’échange à des prix très élevés et reste la propriété des classes fortunées. Il est conservé précieusement dans des bibliothèques et fait la fierté de ses possesseurs.

    Au XXIème siècle, la connaissance se déverse à torrents dans les canaux numériques. Elle est devenue un flux que l’on recueille sur ses timelines Facebook ou Twitter et que l’on souhaite partager le plus largement possible. A l’heure de l’économie de la connaissance, elle est devenue une denrée aussi utile que l’eau, et comme l’eau, son prix est devenu très faible. La presse écrite par exemple, n’en finit pas de voir son chiffre d’affaires diminuer et se retrouve de plus en plus dépendante d’une assistance respiratoire publique ou privée (ce qui nuit évidemment au principe d’indépendance de la presse).

    Nous vivons à une époque où la valeur d’usage de la production intellectuelle n’a jamais été aussi élevée, et dans le même temps, sa valeur d’échange n’a jamais été aussi faible.

    Comment comprendre, comment interpréter ce phénomène paradoxal ? Pourquoi l’information, la connaissance, la production intellectuelle ne trouve plus actuellement de moyen viable de se vendre ? Et comment trouver d’autres modèles pour les secteurs de la production intellectuelle ?

    book of kells

    Les idées ne s’échangent pas comme des marchandises

     

    Qu’entend t’on par production intellectuelle ? Composer une chanson, c’est de la production intellectuelle. L’interpréter durant un concert, en revanche, n’en est pas,  c’est une prestation, un service.

    Un article de presse, un roman, l’écriture et la mise en scène d’une pièce de théâtre, la composition musicale sont autant d’exemples de production intellectuelle. Une création architecturale ou la recette originale de Coca-Cola sont également des productions intellectuelles. Bref, il s’agit de toute création originale dont la valeur ajoutée réside dans l’idée plus que dans l’application directe.

    Le modèle actuel d’échange de la production intellectuelle repose sur les théories classiques qui ont d’abord été élaborées pour les biens industriels. Le problème, c’est que la production intellectuelle et la production industrielle n’obéissent pas aux mêmes lois en ce qui concerne l’échange et la distribution.

    Les conditions de l’échange marchand

    Si l’on revient aux conditions de l’échange marchand, on s’aperçoit que pour qu’un échange soit possible il faut 3 conditions:

    • D’abord, il ne doit porter que sur des objets, des choses extérieures aux individus, des choses qui relèvent de l’avoir et non de l’être. Un état affectif par exemple ne s’échange pas ; impossible d’acheter du bonheur à un homme heureux pour soulager une dépression !
    • Ensuite, il faut, pour que l’échange ait lieu, une symétrie entre un manque et un excédent ; « c’est parce qu’il y a une égalité de tous dans le manque et parce que, en même temps, tous ne manquent pas de la même chose qu’il peut y avoir échange.» nous signale Frédéric Laupiès dans un petit bouquin intitulé Leçon philosophique sur l’échange.
    • Enfin, il faut pouvoir être en mesure de réaliser une équivalence entre les objets échangés. Cette équivalence se réalise notamment par la monnaie qui permet de « rendre les objets  égaux », de pouvoir les estimer et les comparer entre eux.

    Essayons de voir si les conditions de l’échange marchand sont remplies pour les productions intellectuelles.

    L’idée toute nue

     

    Lorsqu’un auteur fait imprimer un ouvrage ou représenter une pièce, il les livre au public, qui s’en empare quand ils sont bons, qui les lit, qui les apprend, qui les répète, qui s’en pénètre et qui en fait sa propriété.
    Le Chapelier

     

    On dit que l’on « possède » une connaissance. Comme un objet, on peut l’acquérir, la transmettre… On pourrait croire qu’elle est donc un simple avoir immatériel mais elle est aussi un élément constitutif de l’être. On ne peut choisir de s’en séparer délibérément et, plus important encore, on ne la perd pas en la transmettant à d’autres (au contraire). Lorsque l’on vend un marteau, on perd la possession et l’usage du bien. Mais lorsque l’on transmet une connaissance, on ne s’en dépossède pas.

    Jusqu’à présent, on était parvenu à vendre de la production intellectuelle parce que celle-ci devait encore passer par un support physique. Avant Internet, un essai dépendait d’un support papier, un album de musique dépendait d’une cassette, d’un CD etc.

    Le business model de la production intellectuelle reposait en fait sur la confusion entre l’objet et le sens porté par cet objet. L’objet était acquis et valorisé en temps que symbole. On peut vendre un symbole car il est la matérialisation d’une idée porteuse de sens. Lorsque l’on achète des fringues de marque, on n’achète pas seulement un produit fonctionnel, mais on achète aussi le « sens » porté par la marque.

    Ainsi, lorsqu’elle avait encore un contenant physique, l’idée pouvait être vendue dans son emballage symbolique mais, avec la dématérialisation totale qu’a permis le numérique, on peut désormais distribuer l’idée toute nue.

    Mais peut-on vendre une idée nue lorsque l’on sait que sa diffusion ne prive personne et qu’on contraire, elle valorise socialement celui qui l’émet ?

    L’impossibilité de rémunérer les contributeurs

    On ne crée rien ex-nihilo. En dehors du secteur primaire, toute production s’appuie sur création antérieure mais pouvons-nous toujours identifier les sources de nos créations ? Le fabricant de voitures a payé ses fournisseurs en amont qui eux-même ont dû régler leurs partenaires. De cette manière, tous les contributeurs de la chaîne de valeur ont été rémunérés. Mais si je vendais ce billet, me faudrait-il en reverser une part à ma maitresse de CP qui m’a appris à écrire ? Aux auteurs des liens que je cite ? A tous ceux qui m’ont inspiré d’une manière ou d’une autre ? Aux inventeurs de la langue française ?

    Ce sont des millions de personnes qui ont en réalité façonné cet article, et qui mériteraient rétribution. Mais il serait impossible de dénouer l’inextricable enchevêtrement d’intervenants qui sont entrés dans ce processus de création. Du reste, il serait assez déprimant de tenter de chiffrer l’apport de chacun…

    Il y’a donc une injustice fondamentale à vendre à son seul profit, quelque chose qui a en réalité été produite par des communautés entières…

    Est-ce cela qui fit dire à Picasso que les bons artistes copient et que les grands artistes volent ?

    greatArtist

    L’impossible estimation des prix

    La dernière condition de l’échange marchand est la possibilité d’estimer la valeur d’une production et d’introduire une équivalence entre les produits.

    Déterminer un prix et introduire une équivalence monétaire entre les produits est une tâche déjà compliquée dans le cas d’un produit industriel. Elle a souvent été la cause de clashs entre économistes. Devons-nous valoriser les produits au travail incorporé dans leur fabrication ? Le prix n’est-il que le résultat d’une offre et d’une demande ? dans quelle mesure depend-il de la rareté ?

    Néanmoins, pour les produits industriels, certains critères objectifs peuvent faciliter la tâche. Un marteau par exemple est un bien standardisé et utilitaire qui ne pose pas d’insurmontables difficultés. Entre deux marteaux, nous pouvons plus ou moins estimer la qualité sur des critères objectifs (matériaux utilisés, montage plus ou moins solide), les fonctionnalités de chaque produit (taille et surface de la masse, arrache-clou ou non…) et fixer un prix minimum qui couvre les coûts de production.

    Mais si je décidais de vendre cet article, sur quels critères établir son prix ? Sur le temps que j’y ai consacré ? Cela n’aurait aucun sens … Sur sa qualité ? Mais comment la mesurer ? En comparant les prix de vente d’un article similaire ? Mais sur quels critères le comparer ? A minima, si j’avais un support matériel, un magazine papier par exemple, je pourrais à la limite fixer un prix et trouver une sorte de business model. Mais ce billet n’est qu’un assemblage de pixels, un simple petit courant électrique sans réalité physique …

    N’étant pas véritablement un avoir, ne fonctionnant pas sur le schéma manque/excédent et ne pouvant être estimée sur des bases suffisamment solides, on voit que la production intellectuelle ne saurait être soumise aux même lois d’échanges que celles qui prévalent sur le marché des biens et des services traditionnels.

    II) Comment valoriser la production intellectuelle ?

     

    Si vous êtes parvenu jusqu’à ces lignes et que vous aspirez à vivre du fruit de vos œuvres intellectuelles, artistiques ou culturelles, tout ceci pourrait vous paraître un peu décourageant.

    Nous parvenons à un point où l’on commence à réaliser qu’il n’y a plus vraiment de rétribution matérielle solide pour les productions intellectuelles.

    Mais ne désespérons point ! Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de formes de rétribution à la production intellectuelle ! Il existe d’autres manières d’être rétribué pour son travail, en voici quelques exemples :

    • retribution en visibilité
    • rétribution en réputation
    • retribution en confiance
    • retribution en connaissances
    • retribution en relations
    • retribution en amour-propre

    Certes, cela ne fait directement gagner de l’argent mais ces rétributions peuvent rapidement se transformer en apports matériels. Sans vouloir nécessairement chercher un « effet de levier » systématique entre l’activité de production intellectuelle, les répercutions du travail de production intellectuelle rejailliront sur vos activités complémentaires et pourront indirectement vous permettre de vivre mieux.

    Un musicien par exemple, ne peut plus se contenter de créer des chansons, il doit monter sur scène. Et l’on observe qu’avec la diffusion plus large, plus rapide et beaucoup moins couteuse que permettent les nouveaux médias, les recettes générées par les concerts à travers le mondeatteignent des niveaux exceptionnels.

    On remarque aussi que certains artistes amateurs ayant réussi à se faire remarquer pour leurs créations ont pu trouver grâce à leur notoriété et au soutien d’un public, de quoi vivre de leurs créations. L’humoriste Jon lajoie a commencé sa « carrière » en diffusant gratuitement desvidéos sur Youtube et remplit désormais des salles entières.

    En somme, ce qui devient difficile, c’est de  vivre uniquement  de ses oeuvres intellectuelles et de les vendre pour elles-même.

    Je me souviens d’un excellent article lu sur OWNI.  Guillaume Henchoz, un journaliste semi bénévole qui exerce d’autres activités rémunérées par ailleurs, comparait sa condition à celle d’un moine en défendant l’idée que « l’on peut pratiquer le journalisme comme un art monastique et bénévole, en parallèle -et non en marge- d’une activité salariée. »

    Ora et Labora (prie et travaille), c’est la devise des moines bénédictins. Une devise qui pourrait bien convenir aux acteurs de la production intellectuelle à l’heure numérique. Les moines n’attendent pas de rémunération matérielle pour leurs efforts spirituels.

    Ils récoltent des fruits de leur travail physique, de quoi subvenir à leurs besoins physiques et espèrent obtenir des fruits de leur travail spirituel et intellectuel de quoi nourrir les besoins de leurs esprits.

    Source : la mutinerie

    l'espace de coworking à Paris : la mutinerie


  2. Lancement du fonds Expériences Interactives

    avril 21, 2012 by admin

     

    Bonjour,

    Une bonne nouvelle pour tous les professionnels du numérique, Le Pôle image du Nord Pas de Calais vient de lancer son fond, avec à la clé une dotation de 1, 2 millions d’euros et une équipe dédiée chargée d’accompagner tous les projets s’inscrivant dans la thématique du Serious game, l’audiovisuel et crossmédia, ainsi que culture et technologies.

    Totalement en accord avec leur vision, j’attends avec impatience de pouvoir voir les premiers projets, qui vont pouvoir naître grâce à cette investissement et mobilisation. Morceaux choisis du communiqué de presse :

    La  technologie  a  totalement  bouleversé  la  relation  à  l’image.  Pour  répondre  aux  attentes  d’un  public nomade et joueur, il faut faire évoluer notre façon de créer et de diffuser. « La vraie rupture actuelle,c’est que le spectateur ne veut plus être passif : il veut aussi devenir acteur »,  souligne Christoph Chaillou, Directeur Recherche et Innovation du Pôle Images.

    « Nous avons donc choisi d’accompagner des œuvres d’où qu’elles viennent…sous réserve qu’elles impliquent le spectateur ».


    Expériences interactives, « mode d’emploi »


    Les documents du fonds «Expériences Interactives 2012» seront disponibles sur le site www.poleimages.com à partir du 17 avril et les dossiers devront être déposés avant le 15 juin.

    « Même si votre projet est en cours d’élaboration, l’idéal est de nous rencontrer le plus tôt possible pour déposer un dossier avant le 15 juin » précise  Clarisse  Beaucamp,  chargée  de  mission  Entreprises et Recherche. « L’équipe du Pôle Images aidera ensuite, pendant l’été, les porteurs de projet à affiner leurs dossiers et trouver les bons partenaires » poursuit‐elle.

     

    Pour en savoir plus RDV sur le site du pole images

    Enjoy it

     

     

     

    Le fonds est centré autour de trois thématiques :

    n fonds de 1,2 million d’euros et une équipe dédiée.

     


  3. Le cinéma indépendant s’émancipe grâce à Internet. Quelle place pour la salle ?

    avril 14, 2012 by admin

     

    Le grand défi du cinéma à l’ère du numérique demeure l’adaptation de la chronologie des médias. Si la place de la salle de cinéma n’est pas encore remise en cause, le cinéma « indie » doit perpétuellement se battre pour exister et réussir à être distribué.

    Laisser une place pour un certain cinéma

     

    Je reprends ici le constat fait dans un article des inrocks, qui date un peu, mais qui met bien en perspective les difficultés que peut connaître le cinéma indépendant (ou dit d’auteur).

    La fréquentation des salles a été exceptionnelle en 2010. Mais pour qui ? A qui profite cette année exceptionnelle ?

    Il est évidemment pas question ici d’être catastrophique, on peut clairement se réjouir du nombre d’entrées dans les salles en 2010 et ( la tendance s’est confirmé une nouvelle fois en 2011), tout de même 206, 5 millions d’entrées. Le téléchargement n’a pas encore eu raison de la salle obscure. Les gens continuent à se déplacer d’une manière rituelle, malgré la possibilité qu’ils ont de le télécharger et de regarder le film dans son canapé. Et quoi qu’on en dise, c’est une tendance de fond, la fréquentation est en hausse depuis 2007. Certains y voient  » l’effet crise « , les gens vont au cinéma, pour se changer les idées, n’ont plus les moyens de partir en week-end, d’autres y voient aussi le résultat d’une forme de démocratisation de la culture, les gens voyant plus de films grâce au téléchargement, ont aussi peut-être envie de voir les films qu’ils considèrent de qualité dans de bonnes conditions.

    Car pour beaucoup d’exploitant indépendant, comme Stéphane Goudet, directeur du cinéma Georges-Méliès à Montreuil, c’est un peu l’arbre qui cache la forêt, en effet il dénonce dans l’article « l’extraordinaire concentration des entrées sur quelques films et quelques salles. »

    Même si depuis fort longtemps, aucun carton sort du lot comme a pu l’être Bienvenue chez les Chtis en 2008, en effet 15 films dépassent les trois millions, aucun à plus de 6 millions, Harry potter restant le film le plus vu.

    L’inquiétude se fait ressentir chez les cinéastes et les producteurs indépendant, face au fossé qui se creuse chaque année davantage entre les quelques champions du box office à la puissance commerciale presque sans limite et la marée de films qui ne trouvent ni public et parfois même de salles. Grand sujet de préoccupation pour les professionnels, comment réussir, si l’on a même pas accès aux salles.

    Un chiffre cristallise leur inquiétude 40 % des films qui sortent en France réunissent moins de 20 000 spectateurs et 60 % recueillent moins de 100 000 entrées. En Espagne ce constat est d’autant plus alarmant, 40 % des films espagnols qui sortent chaque année n’arrivent pas à atteindre les 2000 spectateurs.

    Leur inquiétude n’est pas tant la concurrence croissante entre les films, vingt films peuvent sortir en même temps un mercredi, mais la situation de quasi monopole des grands groupes d’exploitation et leur pouvoir dictatorial de vie ou de mort après une semaine de projection du film. UGC, EuroPalaces (Gaumont/Pathé) et MK2 réalisent 90 % des entrées en France. Il suffit que les trois programmateurs ne veuillent pas du film, pour qu’ils finissent aux oubliettes. La logique commerciale trouvera un nouvel atout de taille avec l’apport du numérique, qui leur permettra de changer la programmation en un clic.

    La réponse est  peut-être là…elle ne profite pas à tout le monde ?

    Internet offre un nouveau souffle et un nouvel espace pour le cinéma indépendant

    Faute de distributeur, de nombreux réalisateurs choisissent de bousculer la chronologie des médias pour diffuser leur film sur internet et laisser aux internautes la possibilité de le voir.

    Internet offre un espace pour tous les films.

    En 2008, Mathieu Kassovitz et Augustin Legrand, eux aussi en panne de distributeur pour Les Enfants de Don Quichotte, mettent le film sur Dailymotion : 500 000 clics prouvent que le documentaire a un public. Et le long-métrage de connaître finalement une sortie en salles.

    Mais cette fameuse sortie en salles, qui confère au cinéma toute sa noblesse, ne devient-elle pas un accessoire de luxe ? Des quelque 240 longs-métrages distribués chaque année, moins de la moitié sont rentabilisés sur grand écran. Alors certains pensent au petit. Celui de l’ordinateur. Eric Atlan, producteur desDémons de Jésus, vient de réaliser et produire Mortem, thriller métaphysique d’un coût de 500 000 euros qui verra le jour sur le Net en janvier 2012 et, en même temps, dans un ou deux cinémas. « La salle est devenue un outil de promotion, mais n’est plus une source de profits, sauf pour une petite poignée de films. » Atlan a mis au point une stratégie. Depuis début 2011, Mortem écume les festivals du monde entier et accumule les prix : meilleur scénario à Los Angeles, meilleur film à Mexico et à Honolulu… Fort de cette bonne réputation, le long-métrage pourra être téléchargé pour 1 ou 2 euros. Et, pourquoi pas, à l’étranger, être vendu clefs en main à un annonceur qui, après l’avoir estampillé, se chargera de le diffuser sur la Toile ? Pour certains, ce sera un sacrilège. Pour d’autres, un moyen de rentabiliser leur création. L’éternel paradoxe de l’art et de l’industrie.

    Les salles seraient-elles vouées à disparaître ? Une chose est sûre, à force de vouloir se protéger, l’industrie cinéma risque de s’enfermer dans son tombeau, chose que l’industrie de la musique commence à peine à le réaliser.

    Pour autant, non, la salle ne doit pas disparaître, c’est un lieu de rencontre.

    Internet peut être l’endroit où chaque film peut rencontrer l’ensemble de son public. Mais ça ne veut pas dire qu’Internet est le lieu où un film qui ne suscite pas le désir dans le monde analogique va trouver un public: sur Internet, la logique de marché est encore plus poussé. Chaque mercredi, c’est comme une sortie de tranchée: quinze films sortent de la tranchée, trois ont la possibilité de faire trois pas et un seul arrive vivant au bout. Cette loterie sauvage structure le film de cinéma. Si on touche à ça, on va faire de la salle de cinéma une chaîne de télévision hors de chez vous. Le cinéma est un événement social, avec des rendez-vous, singulier, irrationnel, mais c’est ce qui fait la différence de l’expérience du cinéma dans le salon ou en salle.

    Même si l’avenir du cinéma se situe sur internet. Tous les réalisateurs indépendants seraient d’accord pour préserver la salle. Le cinéma, c’est un lien social, c’est une sortie, un effort. Mais l’expérience est très différente: ce n’est pas la même chose de voir une comédie dans son salon et de rire ensemble à 200 dans une salle. Et même pour un film plus difficile: si je suis dans mon salon, la question est vite réglée: je zappe. Dans une salle, je fais l’effort.

    L’avenir est dans la valeur ajoutée, l’expérience avec le transmédia.

    Les spectateurs sont toujours plus avides d’expériences et veulent en avoir pour leur argent, il faut leur offrir de la valeur ajoutée. A nous de travailler dur sur la relation unique qui nous lie à eux pour conserver leur attention et bâtir une relation sur le long terme (une niche). Nous pouvons penser que plus cette relation sera forte, plus l’accès à du contenu sera facile, moins il y aura du piratage. Les récits transmedia, effectuant des rebonds d’un écran à l’autre ( Dark night, le projet Blair Witch) et intégrant la multiplicité des écrans comme terrain de jeu pour l’auteur et le spectateur, sont de précieux remparts à la ringardisation du support de l’oeuvre. « Pirater une œuvre transmédia » n’a pas de sens, d’une part car seul un écran à la fois est « piratable », et d’autre part car ce nouveau genre d’œuvre se vit ou « s’expérimente » plutôt qu’il ne se regarde.

    Les programmes transmedia répondent à deux obligations : aller chercher une audience là où elle est, et lui fournir une expérience riche et multitâche, adaptée à son comportement. On peut parler d’un divertissement plus “interactif”. Le public ne souhaite plus uniquement être spectateur, mais aussi acteur, il ne souhaite plus vivre une expérience, qu’il pourrait vivre devant sa télévision.

    Comment pourrait-il en être autrement, comment le (jeune) public pourrait-il se contenter d’un divertissement qu’il peut télécharger gratuitement, il s’agit de leur offrir quelque chose qu’ils ne peuvent pas copier. Quelque chose d’authentique. Une vraie expérience, qui leur donne envie de payer. Le plus bel exemple pour moi est une nouvelle fois la « Cosmonaut expérience ». Le premier étage de la fusée de lancement du film le cosmonaute.

    L’objectif de Riot Cinéma Collective est de concentrer l’énergie et l’enthousiasme en un seul événement. Une grande fête qui rendra ce moment unique et inoubliable. Il est prévu pour la sortie mondiale à Madrid une diffusion en compagnie de plusieurs milliers de spectateurs. Evidemment cela ne s’arrête pas là, mais pour découvrir l’ensemble de cette stratégie très riche, le plan de diffusion est disponible en téléchargement sur le blog du film.

    En offrant aussi la possibilité de la cocréation aux internautes, on découvre aussi la volonté de créer une communauté créative collaborative pour favoriser, l’échange avec le public et entre les membres du public (voir communauté Iron Sky). Ses producteurs s’appuient totalement sur le récit transmédia. Ils ont imaginé pour compléter leur univers narratif à l’humour grinçant un prologue en trois bandes dessinées, qui seront disponibles avant le film, ainsi qu’un roman graphique relatant toute l’histoire d’Iron Sky. Sans oublier l’outil incontournable de la stratégie transmédia, le jeu vidéo. (pour mieux connaître ce projet vraiment enthousiasmant, je vous invite à lire cet article complet du transmédia Lab ou d’aller évidemment sur le site du film.) En laissant une partie de leur autorité, ils favorisent l’implication du public pour favoriser la promotion. Les chaines classiques ont en France une obligation de financer la création cinématographique (Canal + essentiellement). Mais leur capacité d’investissement se réduit toujours plus.  D’où notre obligation à faire preuve de créativité, trouver d’autres sources de financement, ne pas avoir peur de les rassembler

    Le storystelling : Double voie l’intégration du spectateur dans le récit et l’attractivité du projet

    Extrait d’un article de Pierre Olivier Leurent

    L’art de raconter des histoires authentiques (ou storytelling) autour de la marque est un élément clé sous-exploité actuellement dans la communication des entreprises en marketing digital. Grâce à un site internet, un blog, une page marque de réseaux sociaux tels que Facebook ou LinkedIn, on peut mettre en valeur l’histoire et une success story d’une entreprise. On peut ainsi construire, rassembler des communautés en ligne et augmenter l’impact de sa marque autour du storytelling. 

John Sadowsky, dans sa thèse de doctorat, en arrivait à la conclusion que « les plus puissantes et stimulantes formes de communications sont basées sur des histoires ». Il décrit dans son récent livre : Email, social marketing and the art of storytelling que les plus grands leaders utilisent leur expérience de vie pour en faire des histoires personnelles qu’ils utilisent pour enseigner, motiver ou influencer les autres individus. Mais ce n’est pas uniquement réservé aux grands de ce monde, mais peut être aussi employé dans différents contextes (pro ou perso). 


Pourquoi raconter des histoires ? 

Les histoires sont universelles, compréhensibles par tous et facilement transmissibles. Les récits donnent la possibilité de mieux déterminer qui nous sommes et notre signification dans ce monde. Elles sont nées avec la naissance de l’humanité. De même notre esprit fonctionne de manière narrative : nous classons les personnes, les objets, les faits… selon les histoires et les souvenirs que nous nous sommes forgés. 

Les histoires définissent une communauté qui se retrouve autour de valeurs et d’une identité commune. Les contes et légendes racontées autrefois étaient un moyen puissant de transcender les différences des peuples et même de les unir pour des causes. La religion, par exemple, a utilisé la narration pour transmettre ses idées et des faits aux peuples. 

Ces histoires déterminent et définissent hier et aujourd’hui notre comportement et nos habitudes. Comment ? Parce qu’elles sont dites et répétées aux membres de la communauté et ont tendance à nous influencer de manière plus ou moins forte. Cela se fait au niveau de la communauté, qu’elle soit réelle et avérée ou virtuelle dans le cas de Facebook, où les anecdotes racontées construisent les individus et leurs relations qui en font partie. 

Alors que l’individu est saturé de messages publicitaires (plus de 3 000 sont ainsi perçus par jour) et de produits dont les caractéristiques sont devenues de plus en plus proches, il apparaît difficile pour lui de faire un choix. Le communiquant souhaite alors que des notions plus abstraites telles que l’imaginaire, la sympathie, le plaisir, … prennent le pas sur la raison dans l’acte d’achat d’un bien ou d’un service. 


Comment fonctionne la « communication via le storytelling »?

    Le storystelling pour El cosmonauta.

    Je l’ai déjà mis en avant précédemment el cosmonauta Dans un monde aussi concurrentiel que le cinéma, libérer le contenu de leur film leur donne un atout marketing non négligeable. Sans cette volonté initiale de se démarquer, El Cosmonauta n’aurait peut-être pas vu le jour, il aurait été considéré comme un autre projet de cinéastes indépendants. De cette façon, en faisant appel aux internautes, en créant une communauté autour de celui-ci et en le diffusant avec une Licence Créative Commons, il est clair que le projet devient beaucoup plus attractif pour les médias.

    Les deux ressorts essentiels qui donnent envie de soutenir ce projet :

    • donner la possibilité aux internautes et en particulier aux jeunes la possibilité de soutenir un projet innovant, n’hésitant pas aller à contre courant et à l’encontre du corporatisme et des lois mettant en péril les libertés individuelles des internautes comme la loi scinde
    • .  Soutenir le changement et la volonté de prendre son indépendance pour  bénéficier de plus de liberté. Libérer le contenu s’inscrit dans cette dynamique démontrant que l’important est non seulement de réaliser une œuvre, mais aussi de démontrer qu’une autre voie est possible.


     


  4. Panel de collectes réussies sur les plateformes françaises

    avril 13, 2012 by admin

    Quelques collectes couronnées de succès

     

    Bonjour,

    J’ai rassemblé quelques projets réussies sur trois sites français Kiss Kiss Bank Bank, Ulule et Babeldoor. Elles sont pour la plus part le résultat d’une campagne bien menée. Pour autant, cette liste n’est en rien exhaustive ou représentative. Je dirais même qu’elle est subjective. Mais ne dit-on pas rien ne vaut l’exemple. 

     


  5. L’appel de la finance participative – photos et compte-rendu

    avril 3, 2012 by admin

     

    Présentation des membres de l'appel de la finance participative

    Bonjour,

    Comme promis, je reviens vers vous pour partager le compte-rendu (très complet) des interventions des participations. Même si pour moi, dans le cadre de la finance de la création, il m’apparaît plus opportun de parler de souscription, que de don (le crowdfunding n’est pas du mécénat, selon moi), puis je vous avoue que j’ai trouvé dommage également de ne pas s’appuyer sur la réussite de Kickstarter, dont le passage de statut d’alternative à carrefour de la création n’a échappé à cette personne.

    Ceci dit ne boudons pas notre plaisir et la satisfaction de voir que cette rencontre a créée une vraie dynamique et qu’elle a permis surtout de mettre en lumière les 16 acteurs du changement.

    Compte rendu

    Je partage  également avec vous quelques photos de l’événement.

    Licence des photos :  PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales Certains droits réservés par Stan Jourdan

    Arnaud Poissonnier - fondateur du site Babyloan-org

     

    A-L Brun Buisson (avocate) et Hortense Garand (directrice de la plateforme Babeldoor)