2012…la nouvelle vague arrive !

 

 

2012, ne sera pas uniquement l’année d’un grand changement politique espéré, mais aussi l’écriture d’une nouvelle page de l’histoire du cinéma indépendant avec la sortie de deux long métrages qui bousculent le système classique de production et de diffusion en en s’appuyant sur un modèle  économique hybride où le public joue un grand rôle. Focus sur El cosmonauta et Iron sky. Le futur du cinéma ?

Pour Riot Cinéma collective, la réalité aurait pu être terrible, combien de projets meurent sur le bureau d’un producteur. Les films espagnols en 2008 (dernières données) ont été vus par un total de 14.359.230 et seulement 17 films ont pu générer plus d’un million d’euros. (dossier El cosmonauta )

Dans un monde aussi concurrentiel que le cinéma, sans cette volonté initiale de se démarquer, de proposer un autre modèle et une autre vision de la production cinématographique, El Cosmonauta n’aurait peut-être pas vu le jour, il aurait été considéré comme un autre projet de cinéastes indépendants.

En réussissant à tourner leur premier long métrage, ils ont déjà répondu à deux questions que se posent tous créateurs à l’ère du numérique.

  1. Est-il possible de monétiser ce que peuvent obtenir gratuitement les internautes ?
  2. Est-il possible de créer et maintenir impliquée une communauté de la phase initiale à la sortie du film, en faisant en sorte qu’ils aient un vrai rôle et qu’ils contribuent et pas seulement symboliquement ?

L’Espagne est sans aucun doute l’un des pays où l’on télécharge le plus et où faut-il le rappeler la crise fait rage ? Alors comment inviter le public à investir à donner envie tout simplement d’acheter… La solution suggérée et appliquée par Nicolas Alcalà est  d’impliquer dès le commencement le public, du co-financement au processus créatif et à la diffusion. Lui permettre de vivre la production de l’intérieur au plus près,  l’inviter à contribuer et à donner son avis, pour que le film devienne son film.

Une communauté réactive, collaborative et créative

En utilisant des solutions innovantes comme le crowdfunding et les licences Creatives Commons, ils ont visé à établir une relation plus étroite avec le public, en favorisant le rapprochement dès le début du projet. Ils ne savent pas si cela tient du miracle, mais plus ils ont sollicité leurs communautés, sur les défis importants, plus le résultat dépassait tout ce qu’ils avaient pu imaginer. Il ne s’agit pas uniquement d’une vision marketing ou d’un outil de promotion, mais véritablement d’un poumon de créativité, d’idées pleines de potentiels, qui permettent de dépasser toutes les barrières

Pour mettre en valeur cette dimension créative, le plus bel exemple est évidemment l’affiche du film. Ils ont lancé un concours offrant la possibilité aux créatifs de tous bords et origines de créer l’affiche du film/

Mais ce qui démontre bien cette volonté d’innover et de se rapprocher du public, c’est la possibilité qu’à laisser l’équipe de remixer le teaser du film


Le financement du film

Alors que les membres de Riot Cinéma étaient à la recherche en urgence de 40 000 € après la défection d’une productrice russe, ne pouvant réunir l’argent à temps. Ils ont  su une nouvelle fois ne pas se laisser abattre et ont fait appel à la communauté, qui a démontré une nouvelle fois, son incroyable engouement et sa volonté de soutenir le projet dans la difficulté.

Ils ont récolté 79400 € soit 194 % de ce qu’ils espéraient. En 72 h, 278 personnes ont investi près de 60 000 €, dépassant en quelques jours la demande initiale. En une semaine, c’est donc 350 personnes qui ont investi au moins 100 € pour sauver le film.

A titre de comparaison, ils surpassent le  record de Firefly (plus de $10,000 en un jour). Pour la première fois, un long métrage est en tournage, grâce à la communauté qu’il a réussie à se créer, rien n’aurait pu se concrétiser sans la participation de plus de 3000 internautes et cela sans compter les investisseurs privés. (source : le blog du cosmonaute – article Gracias)

Miracle ou une nouvelle génération émerge

On pourrait penser qu’il s’agit d’un cas exceptionnel, s’il n’y avait pas de l’autre côté de l’Europe, la sortie prochaine d’Iron Sky, coproduction finlandaise, allemande et australienne, qui s’appuie beaucoup aussi sur une communauté forte de fans (73 000 fans sur Facebook,  55 000 sur le site officiel d’Iron Sky), qui ont pu s’impliquer et rien que moins donner vie à leurs idées en partageant du contenu par le biais de Wreckamovie, une plate-forme collaborative de production de films.  Ils ont participé aussi comme pour le  projet espagnol au financement du film, par l’achat de produits dérivés. Ils ont pu ainsi collecté pour financer la production du film près d’un million d’euros. (pour mieux connaître ce projet vraiment enthousiasmant, à l’humour noir, comme savent seul le faire nos amis du nord, je vous invite à lire l’article du transmédia Lab)

Je n’oublie pas notre Vincent Moon national, réalisateur français qui utilise également beaucoup internet pour financer et diffuser son travail. (Efkterlang, petites planètes). Il a actuellement un projet sur Kickstarter ici.

 

Là où joue le sentiment d’appartenance et l’univers narratif ?

« Le succès demande plus qu’une grande communauté, mais aussi de la crédibilité et de l’authenticité, une relation avec l’artiste » Robert Pratten, fondateur de « Transmedia Storyteller » et consultant transmedia, abordait ce sujet lors de sa présentation sur l’application des concepts transmedia au monde de la musique.

En construisant un univers narratif pour le film, c’est là où les membres de Riot Cinéma collective ont réussi ; utiliser internet est aussi pour eux le moyen de se démarquer, d’attirer la lumière dans un contexte difficile. En choisissant toujours l’innovation et la recherche, ils se sont mis en accord avec leur volonté affichée de vouloir provoquer une révolution dans la production audiovisuelle. Ils n’ont pas hésité à partager, commenter les décisions qu’ils ont pu prendre avec la communauté et faire vivre les réussites comme les échecs, amenant le public à s’impliquer.

Sans sentiment d’appartenance, il est très difficile de créer une communauté, on peut le voir avec Flattr et jaimelinfo.fr, mais cela sera sans doute le sujet d’un prochain article. Ces deux projets n’ont pas eu peur de s’appuyer sur leur public, et cela leur a réussi. El cosmonauta, nous apprend aussi qu’il faut une bonne dose de storystelling, tant qu’à  Iron Sky nous montre que l’on peut réussir à se libérer en faisant confiance à la communauté.  Cela ne s’arrête pas là, c’est même le sujet de mon livre Free Culture Film.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :